Agression sexuelle par un th rapeute
Problématique Dans les années 1960 et 1970, deux auteurs proposent que les relations sexuelles au cours d’une thérapie sont bénéfiques pour le client. En 1966, un médecin du nom de James L. McCartney publie un article dans lequel il mentionne que la sexualité entre un client et son médecin, en contexte de thérapie, a un effet positif : selon lui, les contacts sexuels sont même parfois nécessaires. En 1971, dans son livre « The Love Treatment », Shepard affirme que les relations sexuelles avec son thérapeute peuvent être bénéfiques pour un client dans certains cas. Quelques années plus tard, ces deux thérapeutes se voient révoquer leur licence de pratique (Schoener & coll. ... Tel que mentionné clairement par Pope & coll. (1993) dans un livre destiné aux futurs thérapeutes, un thérapeute ne devrait jamais avoir de contacts sexuels avec un client, et ce peu importe la situation, le client, ses faits et gestes ou les sentiments du thérapeute ou du client. Cette responsabilité appartient toujours et entièrement au thérapeute, et n’est en aucun cas transférable au client (Pope & coll. ... Les relations sexuelles entre client et thérapeute ne sont donc pas considérées comme un acte entre deux adultes consentants (Bouhoutsos & coll. ... Au Québec, le Code de Déontologie du Collège des Médecins interdit les contacts sexuels entre un médecin et son patient : « Le médecin doit s’abstenir … d’abuser de cette relation pour avoir … des relations sexuelles, de poser des gestes abusifs à caractère sexuel ou de tenir des propos abusifs à caractère sexuel » (art. ... Pour l’Ordre des Psychologues du Québec, le fait d’avoir des relations sexuelles avec son client constitue un acte dérogatoire à la dignité de la profession (art. ... Cependant, bien qu’elles soient interdites, une étude menée par Gartrell & coll. (1986) rapporte que 7,1% des psychiatres américains masculins consultés ont admis avoir déjà eu des relations sexuelles avec un client (contre 3,1% des psychiatres féminins) ; dans 88% des cas, les contacts ont eu lieu entre un psychiatre masculin et un client féminin. Une seconde étude menée auprès de 1423 psychiatres américains révèle que 65% d’entre eux ont traité au moins un client victime d’abus sexuels par un thérapeute antérieur, que dans 87% cet abus a eu des conséquences négatives pour le client, et que dans 8% des cas l’abus a été rapporté aux autorités (Gartrell & coll. ... Les trois types d’abus sexuels les plus souvent rapportés par les clients sont, en ordre de fréquence : les caresses, les relations sexuelles vaginales, ainsi que les remarques et les comportements suggestifs à connotations sexuelles de la part du thérapeute (Parsons & Wincze 1995). Bien sûr, il existe plusieurs formes d’abus par les thérapeutes (frauder les assurances du client, prendre de la drogue avec un client, emprunter de l’argent au client, etc. ... (1990) soulignent aussi la présence des « thérapies cultes », qui ne sont pas sans rappeler les sectes et les cultes religieux. Cependant, pour notre part, nous nous limiterons aux thérapies individuelles où il y a eu abus sexuel de la part du thérapeute sur le client. Le présent travail permettra aux lecteurs de se familiariser avec les caractéristiques distinctives de ce type d’abus, d’en apprendre sur le profil du thérapeute agresseur et du client victimisé, sur les conséquences de l’abus, l’intervention auprès des victimes, la difficulté à dépister cette forme d’abus ainsi que sur les moyens pouvant être pris pour le prévenir. Caractéristiques de l’abus Un contact sexuel entre un thérapeute et son client est-il toujours un abus ? La relation thérapeutique étant ce qu’elle est, soit une relation d’intimité émotive, il n’est pas anormal qu’un client tente de séduire son thérapeute (Marmor 1976). Par contre, les comportements séducteurs, la provocation et les propositions sexuelles explicites du client témoignent de ses difficultés à entrer en relation interpersonnelle et doivent être abordées en thérapie (Penfold 1992). ... Le client qui tente de séduire son thérapeute n’est pas en amour avec le thérapeute en tant que personne, mais plutôt avec le thérapeute en tant qu’être puissant qui a le pouvoir d’aider et de guérir (Wohlberg 1997). Il arrive d’ailleurs fréquemment que les victime d’abus par un thérapeute compare ce denier à Dieu (Wohlberg 1997). Dans ses écrits, Freud s’opposait aux relations sexuelles entre clients et thérapeutes, et ce malgré le comportement séducteur du client envers son thérapeute : « if her the patient advances were returned, it would be a great triumph for the patient, but a complete overthrow for the cure » (tiré de Penfold 1992). Étant donné le rôle de pouvoir du thérapeute vis-à-vis le client, les contacts sexuels entre client et thérapeute ne peuvent être considérés comme étant consensuels. Puisque les thérapeutes se doivent d’être conscients de leur pouvoir sur les clients, les contacts sexuels avec un client constituent un abus de pouvoir de leur part (DeLozier 1994). ... Les contacts sexuels avec un client sont basés uniquement sur les besoins de pouvoir et de gratification sexuelle du thérapeute (Holroyd & Brodsky 1977). Tel que mentionné par Broden & Agresti (1998), dès le moment où un thérapeute commet un abus sexuel sur son client, la relation d’aide cesse. ... La comparaison avec l’inceste : L’abus sexuel d’un thérapeute sur un client est souvent comparé à l’inceste (Margolis 1997). En effet, selon Penfold (1992), la perception du thérapeute comme une figure parentale, le secret entourant les actes sexuels, l’explication donnée sur la nécessité des contacts sexuels, l’importance accordée aux besoins du thérapeute et l’extrême inégalité entre le thérapeute et le client ne sont pas sans rappeler les abus sexuels entre un parent et son enfant.